Résumé

Le département australien des changements climatiques et de l’efficacité énergétique a annoncé qu’un dromadaire produit du méthane équivalent à une tonne de dioxyde de carbone par an, faisant de l’animal l’un des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre du pays. Afin d’arrêter la pollution, un plan a été proposé pour tirer sur les dromadaires d’un hélicoptère ou les rassembler et les envoyer aux abattoirs. En tant que scientifiques, travaillant sur la physiologie du dromadaire et défenseurs du bien-être des animaux, nous avons développé une expérimentation durant laquelle nous avons mesuré les émissions de méthane chez des chamelles afin de les comparer à celles des bovins laitiers recevant la même quantité d’aliments. Pour cela, sept vaches Holstein (poids moyen 350 kg) et sept chamelles (poids moyen 330 kg) ont été utilisées dans cette étude. Toutes les femelles des 2 espèces n’étaient pas gestantes et ont été au dernier stade de lactation avec une production de lait très limitée. Les animaux ont été logés dans des boxes et nourris individuellement avec la même ration, composée de 3 kg d’orge et 2 kg de foin de luzerne par jour. Les mesures des émissions de méthane ont été effectuées en continu durant 2 heures à plusieurs périodes par jour en utilisant un système de calorimétrie indirecte à circuit ouvert avec l’utilisation d’un masque facial. Les résultats ont montré que les chamelles éliminaient la majeure partie du méthane par éructation avec une moyenne de 18 cycles d’émission par heure. Chez les bovins, le nombre de cycles d’émission a été en moyenne de 54 éructations par heure. Les quantités de méthane émissent par les chamelles ont été estimées à 67 litres par jour, soit 15,2 litres par kg de matière sèche ingérée, tandis que les émissions de méthane des bovins laitiers ont été estimées à 194 litres par jour, soit 42,2 litres par kg de matière sèche ingérée. La présente étude a clairement montré que les bovins laitiers produisaient trois fois plus de méthane que les chamelles lorsque les deux espèces recevaient le même régime alimentaire. Certaines particularités digestives et métaboliques de chaque espèce peuvent expliquer la différence. D’autres solutions pour réduire les gaz à effet de serre devraient être proposées autre que l’éradication de la population des dromadaires en Australie.


Mots-clés: Gaz à effet de serre, bovins laitiers, dromadaire, émission du méthane, éructation.