Résumé

Les systèmes d’irrigation communautaires sont souvent mis en avant pour leur mise en pratique des principes de participation et de gestion des communs. Ces systèmes sont aussi des arènes d’antagonismes et de conflits, et des objets de convoitise et d’interventions extérieures, qui redéfinissent l’espace, l’organisation sociale et les modes de partage de l’eau. Nous avons étudié un système irrigué dans la province d’El Hajeb où l’on observe des dynamiques conflictuelles inscrites dans une temporalité longue et dans des jeux d’acteurs complexes. L’analyse de quatre dynamiques conflictuelles, nous a permis d’identifier les moments et les espaces d’émer-gence et de repli de la communauté. La matérialisation de ces dynamiques se traduit par une appropriation ou une nouvelle création des ressources en eau, une réadaptation de l’infrastructure d’irrigation ou encore par la mobilisation opportuniste des règles de partage et de distribution de l’eau. A travers ces dynamiques conflictuelles, la communauté se donne à voir dans toute sa complexité et ses contradictions. Cette communauté présente un construit social non immuable et change selon les intérêts en vigueur et la référence mobilisée: sociale, territoriale, culturelle ou historique. La multitude de références et la mobilisation à géométrie variable des groupes dans les situations conflictuelles illustrent les recompositions sociales fortes vécues par la communauté d’irrigants. Elles montrent la fragilisation de l’enracinement de cette communauté suite aux interventions externes depuis le protectorat.
Mots clés: Dynamiques conflictuelles, communauté d’irrigants, Bittit, Maroc.