Résumé

Une étude sur la caractérisation spatio-temporelle de la quantité de C02 dégagée par les décharges publiques a été réalisée dans la ville de Kisangani en République Démocratique du Congo. La méthode de collecte de données utilisée est le système de chambres respirométriques fermés et statistiques qui a consisté à piéger chimiquement à l’aide de la chaux sodée, les flux de C02 dégagés par les différentes décharges publiques et absorbés par celle-ci. Les résultats révèlent que le flux moyen de C02 dégagé à travers les différentes décharges publiques à partir du mois de novembre 2015 jusqu’au mois de mars 2016 est de 14,65±8,13 g C/jr/m2. Le mois de mars a dégagé un flux moyen important de C02 soit, 24,73±9,4 g C/jr/m2 avec une humidité pondérale élevée, soit 22,7±5,2% et une température faible soit 27,2±4,5°C et le mois de février a dégagé un flux moyen faible de C02 soit, 5,78±0,54 g C/jr/m2 avec une humidité pondérale faible, soit 11,47±1,2% et une température u sol élevée, soit 31,84±3,13°C que tous les autres mois. La relation entre les flux de C02 dégagés par les décharges publiques et leur humidité pondérale est forte (R=0,77) et cette dernière explique significativement ce dégagement de C02 (p?0,05). Par contre, celle de température est faible (R=0,31) et elle n’explique pas significativement ce dégagement de C02 (p>0,05).


Mots clés : Flux de C02, respiration du sol et décharges publiques.

Introduction

L’écologie, le climat et l’augmentation de la concentration atmosphérique en dioxyde de carbone sont à l’heure actuelle au cœur des préoccupations sociétales nationales, régionales et internationales. L’importance d’analyser de manière objective l’impact des activités humaines sur l’évolution du climat et ses répercussions sur le fonctionnement des écosystèmes sont apparues au niveau international en 1988, avec la réaction du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) par l’organisation météorologique mondiale et le programme des Nations Unies pour l’environnement (GIEC, 2013).

Par ailleurs, les activités anthropiques dont les plus importantes sont la combustion des énergies fossiles et les changements d’utilisation des sols, sont à l’origine d’un changement climatique sans précédent sur l’échelle de temps géologique. Ce phénomène est la conséquence manifeste de l’augmentation de la quantité de gaz à effet de serre dans l’atmosphère (Evariste et al., 2015).

Le dioxyde de carbone est un gaz à l’origine de l’effet de serre naturel (IPPCC, 1998). Le C02 n’a pas le pouvoir réchauffant le plus important, mais il est le gaz à effet de serre le plus produit par les activités anthropiques. Appelé parfois, de façon impropre (gaz carbonique) est un composé chimique constitué d’un atome de carbone et deux atomes d’oxygène. L’augmentation de la concentration atmosphérique en dioxyde de carbone (CO2), gaz qui participe au renforcement de l’effet de serre, a mis en évidence la nécessité de mieux comprendre le cycle de carbone et sa dynamique au sein des écosystèmes terrestres, étant donné que des larges incertitudes sont actuellement associées aux échanges entre les écosystèmes et l’atmosphère (Ago E.E. et al., 2014).

L’accroissement des concentrations de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère est maintenant reconnu pour être la principale cause de réchauffement planétaire qui, selon plusieurs études, se traduiront par une augmentation de la température terrestre et de la fréquence d’événements météorologiques extrêmes, ainsi que par une élévation du niveau des océans (Gonzalez P., et al., 2012). Les sols sont soumis à des pertes importantes de carbone via les phénomènes de décomposition de la matière organique (Grace J., et al., 2014), de l’érosion et au lessivage des composés organiques.

Le changement climatique pourrait notamment conduire à une augmentation très significative des émissions de carbone dues au processus de décomposition auquel est associée la respiration hétérotrophe du sol (Jean-Lionel P.P., 2011).

Le sol représente le puits carbone terrestre le plus important dans le monde et le carbone organique stocké en son sein constitue le double du carbone de l’atmosphère et le triple de ce qui est stocké dans la biomasse des forêts (Boika M., 2014).

A l’inverse, le déstockage du carbone organique de 30 premiers centimètres du sol, par biodégradation jusqu’à la minéralisation de l’humus du sol, pourrait annuler tous les efforts que l’on fait pour réduire la quantité de CO2 dans l’atmosphère terrestre (Abdi A.M, et al, 2014).

Les facteurs liés aux caractéristiques du sol et de la végétation permettent d’expliquer les variations spatiales et temporelles de la respiration du sol à l’échelle d’une forêt et ceux liés uniquement aux caractéristiques du sol permettront d’expliquer les variations spatiales et temporelles de la respiration du sol sur le sol non forestier, et plus particulièrement, le cas de décharges publiques (Ajonina G.N, et al 2014).

Face à ce défi, il est important de quantifier la part encore mal connue de flux de CO2 dégagés par les décharges publiques issues de déchets à usage domestique et des immondices entreposés dans la ville de Kisangani.

Tenant compte de la problématique soulevée, l’objectif général de la présente étude consiste à caractériser spatialement et temporellement la respiration du sol entre les différentes décharges publiques de la ville de Kisangani et les variables explicatives qui lui sont associé.

Pour atteindre cet objectif général, il nous faut déterminer les flux de CO2 dégagés par les différentes décharges publiques à l’échelle spatiale et temporelle, la similarité entre elles et analyser les facteurs climatiques (la température, l’humidité du sol), si lequel de ce deux expliquerait mieux le dégagement de carbone dans les différentes décharges publiques.

Milieu, matériels et méthodes

Milieu

Notre recherche sur terrain a été effectuée dans l’enceinte de l’I.F.A Yangambi à Kisangani et de la Faculté de Médecine et Pharmacie de l’Université de Kisangani, situées dans la commune de la Makiso au quartier plateau médical dans la ville de Kisangani.

La ville de Kisangani est située dans la cuvette centrale congolaise près de l’Equateur à 25°11’ de longitude Est et à 0°31’ latitude Nord. Son altitude est comprise entre 396 et 410m. La figure 1 représente la ville de Kisangani. Elle jouit du climat de type Af selon la classification de Koppen et par conséquent, il pleut pratiquement tous les mois de l’année. Les fluxions pluvio-thermo-métriques sont cependant importantes, entre 1500-2000 mm (avec une moyenne de 1750 mm) de pluies et 20-30°C (soit une moyenne de 25°C), mais leur répartition n’est nullement uniforme pour chaque année. L’humidité atmosphérique est toujours voisine de la saturation et les orages sont très fréquents (Okungo, 2011).

Matériels et méthodes

Installation de chambres respirométriques

Les formats des chambres respirométriques ont été opaques, de couleur blanche de préférence, de 18 litres, d’une hauteur interne de 26,2 cm et externe de 26,5 cm. Les diamètres minimum et maximum sont respectivement 30 cm et 31 cm. Avant leur installation dans le sol, les seaux ont été découpés de leur extrémité basale afin de permettre leur insertion dans le sol. Pour empêcher l’entrée de flux de carbone (de l’extérieur vers l’intérieur) et la sortie (de l’intérieur vers l’intérieur), les seaux ont été insérés dans le sol à une profondeur de 2 à 5 cm sur une surface relativement plane. Cette insertion a été faite de manière à n’est pas endommagée l’activité microbienne en place. L’horizontalité de chaque chambre est vérifiée par un niveau de maçon. Pour chacune des occupations du sol dans des poubelles, ces chambres respirométriques ont été placées une ou deux par poubelle et isolées dans l’espace sur une distance de ± 5 mètres en fonction de la grandeur de la poubelle. L’emplacement des chambres respirométriques a été fonction de l’opérationnalité de chaque poubelle sans tenir compte de la biomasse microbienne occupant l’endroit.

Deux chambres respirométriques ont été installées sur la poubelle des de déchets à usage domestiques derrière le home N.P.K (en abrégé CHA6 et CHA7), une devant le home N.P.K (en abrégé CHA5), une à côté de la Faculté de Médecine et Pharmacie (en abrégé CHA1), deux autres dans la petite ruelle à l’entrée de la Faculté de Médecine et Pharmacie (en abrégé CHA2 et CHA3) et une derrière la banque du sang (en abrégé CHA4). En plus de ces 7 chambres respirométriques, une autre chambre à blanc (témoin) a été utilisée pour tenir compte de C02 absorbé par la chaux sodée lors de la procédure expérimentale. Il convient aussi de signaler que les chambres ont été insérées dans le sol dix jours avant la prise des mesures de flux de carbone du sol afin que la structure du sol soit stabilisée et l’activité microbienne soit aussi régularisée après les perturbations causées au cours de l’insertion de chambres respirométriques (Eduard 1989 ; Hanson et al, 1993 ; Schlesinger et al, 2000 ; Sotta et al, 2004). A l’intérieur de chaque chambre et dans toutes les occupations du sol dans chacune des poubelles, la présence des plantes vertes a été évitée afin d’empêcher l’absorption du CO2 et la respiration hors sol.

Préparation de la chaux sodée au laboratoire

Les boites de Pétri avec leurs couvercles sont d’abord lavées, marquées et séchées dans l’étuve pendant ± 6 heures à 105°C pour obtenir leur poids sec. Après ce séchage, 60g de la chaux sodée sont mis dans chaque boite de pétri, séché dans l’étuve à 105°C (durant 24 heures) jusqu’ au poids constant. En les sortants de l’étuve, elles sont directement mises dans le dessiccateur durant± 15minutes en vue d’un refroidissement rapide. Les boites de pétri sont ensuite pesées sur la balance de précision et leurs poids secs respectifs (boite +chaux sodée) sont notés sur la fiche du labo et directement couvertes et scellées avec le parafilm.

Mesure de la respiration du sol sur le terrain

Il convient de préciser ici que les mesures de flux de carbone ont été collectées durant cinq mois de prélèvement (novembre et décembre 2015 ; janvier, février et mars 2016).

Dépôt de la chaux sodée dans les chambres respirométriques

Sur le terrain, chaque boite de pétri est ouverte et avant son exposition dans la chambre respirométriques, 8 ml d’eau sont aspergés sur la chaux sodée à l’aide d’une pissette de manière à mouiller uniformément celle-ci dans la boite de pétri car, une source d’humidité est nécessaire à la chaux exposée pour faciliter la réaction d’hydrolyse avec le CO2 sortant du sol. La boite contenant la chaux sodée est alors déposée dans la chambre ouverte au-dessus d’une tablette pour ne pas obstruer le flux de CO2 de la surface du sol dans la chambre. Cette dernière est directement fermée tout en plaçant un poids au-dessus pour assurer sa bonne étanchéité au sol dans le souci d’éviter les fuites de flux de carbone et maintenir la stabilité de la chambre. Le numéro de la boite de pétri, la date et l’heure du dépôt de la chaux sodée dans la chambre sont aussi notés sur la fiche du terrain. La mesure à vide (témoin) était également effectuée pour tenir compte du CO2 absorbé par la chaux sodée lors de la procédure expérimentale.

Retrait de la chaux sodée dans les chambres respirométriques

Les boites de pétri sont retirées de chambres respirométriques 24 heures après leur exposition. Ces boites de pétri sont couvertes et scellées à nouveau avec le parafilm et l’heure du retrait de la boite de pétri dans les chambres respirométriques est également notée sur la fiche du terrain.

Séchage de boites de pétri au laboratoire

Arrivée au laboratoire, les boites contenant la chaux sodée sont ouvertes et soumises au séchage dans l’étuve à 105°C jusqu’au poids constant. Après refroidissement à travers le dessiccateur, le poids sec (boite + chaud sodée) après l’incubation est pesé et noté sur la fiche du laboratoire.

Mesure de la température du sol

La mesure de la température du sol a été effectuée le même jour que la mesure de la respiration du sol. A côté de chaque chambre respirométrique, la sonde du thermocouple est enfoncer dans le sol de part et d’autre de celle-ci sur une profondeur de 10 cm (horizon A) où l’activité biologique est prépondérante (Hanson et al, 1993). La température du sol qui apparaît sur l’écran du thermocouple est notée sur la fiche du terrain.

Mesure de la teneur en eau du sol

Au laboratoire, on a procédé au marquage des cylindres de Kopecky à l’aide d’un marqueur indélébile. Après leurs séchages dans l’étude à 105°C, leur refroidissement au dessiccateur et leur pesée sur la balance de précision, le poids sec correspondant à chaque cylindre de Kopecky est noté sur la fiche du laboratoire préparée à cette fin. Sur le terrain, on a procédé avant tout au dégagement de la couche de déchets non décomposée sur deux points opposés par rapport à la chambre respirométriques. A l’aide d’un marteau, le cylindre de Kopecky est enfoncé complètement dans le sol et à l’aide d’une machette, le cylindre est alors retiré du sol après avoir enlevé la partie de la terre autour de ce dernier pour faciliter cet enlèvement. Le capuchon du cylindre de Kopecky est placé sur sa surface supérieure et le surplus de la terre est retiré à l’aide d’un couteau sur la face inférieure du cylindre, pour ne garder que le volume de la terre représenté par le cylindre. Au retour du terrain, chaque cylindre contenant le sol est directement pesé sur la balance de précision et son poids frais est noté sur la fiche du labo. Après cette pesée, ces cylindres sont alors séchés dans l’étuve à 105°C jusqu’à l’obtention du poids constant et leurs poids secs sont aussi notés sur la fiche du laboratoire.

Analyse des données

Calcul de flux de CO2

Cette méthode est basée sur l’absorption de CO2 par la chaux sodée qui est mesurée par un gain de poids. Les réactions d’absorption suivantes se produisent :

2NaOH + CO2ÞNa2CO3 + H2O et Ca(OH) 2+ CO2Þ CaCO3 + H2O

Pour chaque mole de CO2 qui réagit chimiquement avec la chaud sodée, une mole d’eau est formée et qui ensuite évaporée pendant le séchage. Ainsi, l’augmentation de la masse sèche après l’exposition sous-estime le CO2 absorbé par un facteur de 18/44 = 40,9 %. Cela s’explique à partir de l’équation ci-dessus par le fait que pour chaque mole de CO2 (44 mg) absorbé par la chaud sodée, il perd une mole d’eau (18 ml) (44 – 18)= 1,69. Le facteur de correction de 1,69 que reconnu par Grogan (1998) au lieu de 1,41 comme initialement préconisé par Eduard (1989) sera intégré dans le calcul pour tenir compte de l’eau formée au cours de l’absorption chimique de CO2 par la chaux sodée et libéré pendant le séchage.

Le gain de poids de la chaux sodée (g) après l’exposition est le flux de CO2 dégagé du sol en l’exprimant par g C/jr/m². Il est obtenu par les relations suivantes :

Poids sec initial (avant l’exposition) de la chaux sodée(g) : Pi ; Poids sec final (après l’exposition) de la chaux sodée (g) : Pf ; Poids final (échantillon à blanc) de la chaux sodée (g) : Pb et le Poids final aprè la chaux sodée après correction par le témoin (g) : Pc = Pf - Pb

Le gain de poids de la chaux sodée (g) : Pg = Pc - Pi et le CO2 absorbé par la chaux sodée (g) de CO2 = Pg x 1,69

La respiration du sol = gramme de carbone du sol absorbé/jour/superficie (g C/jr/m²). Enfin, nous avions calculé, l’humidité pondérale du sol en l’exprimant en cm³ d’eau/cm³ sol et une moyenne de la température du sol est obtenue à partir des mesures de cette dernière, prises de part et d’autre de la chambre respirométriques.

Analyse statistique

Les analyses statistiques utilisées dans cette étude ont été essentiellement axées sur l’analyse de la variance de comparaison de plusieurs moyennes (ANOVA à un seul facteur), la corrélation et le test de comparaison de deux moyennes (test t de Student). Les logiciels statistiques qui nous ont permis de réaliser ces tests statistiques sont le tableur Excel, Statistica et Jmp pour les analyses de données.

Résultats et Discussions

Variation spatiale de C02 dégagé entre les différentes décharges publiques

Figure I : Variations spatiales de flux de CO2 du sol dégagé dans chacune des chambres respirométriques installées dans les différentes décharges publiques

La moyenne générale de flux de carbone du sol dégagé au sein de chacune des chambres respirométriques à travers les décharges publiques (poubelles) est de 14,65 g C/jr/m² et varie grandement d’une chambre respirométrique à une autre dans chacune des poubelles en fonction de la durée de mesure. Un important flux de 44,5 g C/jr/m² a été enregistré dans la chambre respirométrique (P33) et un faible flux de 4,9g C/jr/m² dans la chambre respirométrique (P09). Les flux de CO2 obtenus dans le cadre de cette étude, sont largement différents de ceux obtenus par d’autres chercheurs dans les autres types d’occupation du sol.

La figure II : La comparaison de flux de carbone moyen dégagés entre les différentes décharges publiques

Il ressort de l’analyse de variance que le flux de carbone moyen dégagés entre les différentes décharges publiques ne sont pas significativement différents. La différence non significative observée se justifierait par le fait que la nature des immodices déversés dans ces différentes poubelles ont été de même nature (produits à usage alimentaires) et de même stade de décomposition qui sont supposées partagées les mêmes propriétés (densité des organismes décomposeurs comme les vers de terre, activité microbienne, pH, texture et structure de ces décharges publiques) susceptibles d’influencer la variabilité spatiale de flux de CO2 dégagés (Evarister A., 2015 ; Buchmann,1997 et Janssens, 1998).

Variation temporelle des flux de C02 dégagés entre les différentes périodes de mesure

Les flux de C02 dégagés par les décharges publiques varient sensiblement d’une période et/ou saison à un autre. Le mois de mars présente le flux le plus important, soit une moyenne de 24,73g C/jr/m2, suivi du mois de novembre avec une moyenne de 17,7g C/jr/m2 et le mois de février présente le flux de C02 le moins important soit une moyenne de 5,78g C/jr/m2.

Les flux de carbone du sol dégagés au cours de cinq mois de prélevement à travers les différentes décharges publiques (novembre, décembre, janvier, fevrier et mars) varient faiblement, hormis le mois de Mars, d’une chambre respirométrique à une autre au cours d’une même période. En outre, les flux de CO2 dégagés au mois de février sont presque similaires entre les différentes chambres respirométriques.

Figure III : Variation temporelle des flux de C02 dégagés entre les différentes périodes de mesure

Il se dégage de l’analyse de variance que les flux moyens de CO2 dégagés dans chacune des périodes de mesure sont significativement différents (p-valeur ˂ 0,05). La différence observée entre les mois pourrait être expliquée par la disponibilité du substrat, de la température et de l’humidité du sol qui sont reconnues par plusieurs auteurs (Davidson et al, 1998 ; Subke et al, 2003 ; Davidson et al, 2006 ; Xu et Qi, 2011) comme les facteurs qui influencent largement la variabilité temporelle et saisonnière des flux de cabone du sol.

La teneur du sol en carbone dépend des principaux facteurs à long terme de la formation du sol, mais elle peut être fortement modifiée, dégradée ou améliorée par les changements d’utilisation du sol et la gestion du sol comme observée dans d’autres régions en Afrique par d’autres chercheurs (Weber et al, 2009 ; Jung et al, 2011) et dans le monde (Law al, 2002 ; Luyssaert et al., 2007).

Evolution de flux de C02 dégagés par les décharges publiques en fonction de leurs températures et humidités

Au cours de cinq mois d’observation in situ (Novembre, Décembre, Janvier, Février et Mars), le mois de Février présente la température la plus haute que les autres mois, réduisant ainsi, l’humidité u sol. Par contre, le mois de Mars présente une température faible et occasionne une forte teneur en humidité à travers les différentes décharges publiques, suivi du mois de Novembre et de Décembre. La relation entre le flux de carbone dégagé dans chacune des différentes décharges publiques et la température de celles-ci est décroissante. Ceci signifie que le dégagement de flux de carbone de décharges publiques diminue avec l’augmentation de la température du sol. Cela revient à dire que les flux de carbone dégagés varient nécessairement avec l’augmentation de la teneur en eau du sol. Donc, la teneur en eau du sol explique jusqu’à 60% le dégagement de C02 des décharges publiques et les 40% restant seraient expliqués par d’autres facteurs non mesurés dans cette étude.

Comme l’on fait remarqué Hanson t al, (1993) et Widen (2002), la température influe de manière prépondérante l’activité biologique notamment la croissance microbienne qui favorise la respiration hétérotrophe surtout au niveau des horizons de surface. Ces résultats sont en accord à ceux trouvés par Buchmann (1997) et Jansseus (1998) qui ont mené dans une coupe claire où la densité des arbres était nulle. Ils ont observé que la température du sol était très élevée et avait influencée significativement le dégagement de CO2. De nombreuses études ont montré qu’un grand nombre de facteur influencent sur la respiration, entre autre l’humidité du sol (Pargade, 2000). Buchnann (1997) a testé l’humidité du sol liée aux précipitations saisonnières et il a démontré que le flux de CO2 dans le sol semble beaucoup plus important en saison sèche qu’en saison des pluies.

Tableau I : Analyse de correlation entre les flux de C02 dégagés par les décharges publiques en fonction de leurs températures et humidités du sol

Périodes de prélèvement Température du sol Humidité du sol

R R2 p-valeur R R2 p-valeur

Novembre 2015 0,17 0,029 0,557 0,36 0,13 0,2125

Décembre 2015 0,48 0,23 0,0836 0,75 0,57 0,0018*

Janvier 2016 0,25 0,064 0,3835 0,76 0,58 0,0015*

Février 2016 0,077 0,0060 0,8690 0,67 0,45 0,0989

Mars 2016 0,62 0,38 0,0183* 0,89 0,79 < 0,0001*

Nous constatons qu’en considérant la température de décharges publiques, il existe une corrélation forte entre les flux de CO2 dégagés par les décharges publiques et la température au mois de mars avec une valeur de R= 0,62 et R2 de 38 et la P-valeur de 0,0183*qui montre une corrélation significative et atteste que la température a été un facteur explicatif de la respiration de ces décharges publiques pour ce mois de mars. Pour toutes périodes qui restent, les corrélations sont faibles et non significatives.

En considérant l’humidité de décharges publiques, nous constatons que la corrélation est forte entre les flux de CO2 dégagés au mois de décembre (R=0,75 ; R²=0,57 ; P=0,0018*), janvier(R=0,76 ; R²=0,58, P=0,0015*), février (R=0,67 ; R²=0,45 ; P=0,0989) et mars (R=0,89 ; R²=0,79 ; P< 0,0001*) et l’humidité de décharges publiques. Parmi lesquelles celles des mois de décembre, janvier et mars sont très significatives. Ceci atteste que l’humidité a été un facteur explicatif de la respiration de ces décharges publiques pour ces mois de décembre, janvier et mars.

Comparaison de nos résultats à ceux d’autres chercheurs

Tableau II : Comparaison de nos résultats à ceux d’autres chercheurs

Il se dégage de l’analyse de comparaison de nos résultats à ceux d’autres chercheurs que nos résultats présentent une moyenne plus importante des flux de carbone, soit 14,95 g C/jr/m² par rapport aux flux de carbone dégagé sous d’autres types d’occupations du sol et les différentes forêts. Les flux de CO2 obtenus dans le cadre de notre étude, sont le double, le triple et le quatriple de ceux obtenus par d’autres chercheurs dans les écosystèmes forestiers. Ces résultats confirment que les décharges publiques sont des grands émetteurs de CO2.

Cette différence par rapport à d’autres occupations du sol peut s’expliquer par le degré de décomposition des immondices où la biomasse microbienne sont en permanence (en modifiant considérablement la morphologie de profil pédologique. généralement par les activités de fouissage ou de cimentation, par les transferts de sol qu’ils sont susceptible d’effectuer, par leur action sur la dégradation des débris végétaux et peuvent modifier la porosité, la structure, le pouvoir de rétention d’eau et la nature des éléments chimiques libre ou absorbés du sol qui favorise un fort dégagement de CO2 correspondant à la rehumidification) et cela conditionne en effet la respiration du sol.

Ceci est soutenu par Evariste A., et al., (2015) et Abdi A.M. et al, (2014) qui confirment que la quantité, la qualité et l’état de décomposition de matières organiques peuvent avoir une influence considérable sur la variation spatiale du dégagement de CO2. Cette variabilité peut aussi être expliquée par les différents facteurs biotiques tels que la biodiversité du sol et surtout la biomasse microbienne et le type de population qui la compose (Ago E.E. et al., 2015) et abiotiques tels que la texture et la porosité du sol (Grace J., et al., 2014).

Conclusion

A la fois les sols et l’utilisation du sol doivent être utilisés pour déterminer les stocks de carbone du sol. Les facteurs liés au sol sont important comme les facteurs liés au climat, pour expliquer le stockage de carbone sur des longues périodes de temps, les changements dans la végétation ou l’utilisation des terres déterminent les variations de carbone à court terme.

La quantité des flux de carbone dégagée par les décharges publiques est potentiellement importante par rapport à d’autres types d’occupation du sol et sont corrélés positivement à l’humidité pondérale et à la température.

Cependant, il reste bien des aspects nécessaires des études et des recherches plus approfondies. Au-delà de l’amélioration de carbone de la compréhension des échanges de carbone dans les écosystèmes, l’amélioration des modèles de prédiction des évolutions des flux dans le contexte des variabilités climatiques constituera également l’un des points importants à aborder, notamment d’étendre la présente étude sur une période d’une année et dans toute la ville de Kisangani en vue d’évaluer le dégagement des flux de C02 sur une échelle spatiale et temporelle plus large et d’estimer d’autres mécanismes explicatifs de la respiration du sol par exemple les stocks de carbone, le pH, la densité et la biomasse des organismes décomposeurs comme les vers de terre. Ceci permettra de mieux clarifier les causes des variabilités spatio-temporelles, les différents facteurs pédoclimatiques et les principaux mécanismes responsables.

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