Résumé

Des prospections ont été réalisées dans la région de Souss-Massa en vue d’évaluer la diversité et l’incidence des principaux nématodes associés à la culture du framboisier. Des échantillons de sol ont été prélevés au niveau des serre de framboise situées dans les provinces de Biogra, Khmis Ait Amira et Belfaa. Douze genres de nématodes phytoparasites ont été identifiés sur framboisier. Les trois genres, Meloidogyne, Pratylenchus et Helicotylenchussont les plus fréquents dans la totalité des échantillons analysés. Les espèces suivantes ont été identifiées parmi des spécimens choisis au hasard : Meloidogyne javanica, Meloidogyne incognita, Pratylenchus penetrans, Pratylenchus thornei etditylenchus dipsaci. La densité moyenne des Meloidogyneet Pratylenchusne dépasse pas les 4 nématodes par 100 cmde sol dans les trois provinces. Cette densité reste sous le seuil de nuisibilité. Les nématodes ectoparasites, Xiphinemaspp., Longidorus spp. et Trichodorusspp. ont été très faiblement représentés, avec des densités moyennes ne dépassant pas 2 nématodes par 100 cm3de sol. Ces données fournissent des informations utiles pour orienter les programmes de prévention et de lutte contre ces bio-agresseurs de framboise.


Mots clés : Nématode, framboise, Souss-Massa, Maroc

INTRODUCTION

Les fruits rouges sont actuellement parmi les spéculations fruitières les plus demandées par les marchés internationaux, notamment Européens et Américains. Au niveau national, les dernières compagnes de la production des fruits rouges ont connu une nette augmentation en terme de superficie. En effet, cette dernière est passée d’environ 3035 ha en 2009/2010 à 8403 ha en 2018/2019, se répartissant entre plusieurs cultures : fraise (3537 ha), framboise (2450 ha), myrtille (2306 ha) et mûres (50 ha), soit une augmentation de 176% (Anonyme, 2019). Cette progression a amélioré la production qui est passé de 107.000T durant la compagne 2009/2010 à 200.000T estimées durant la compagne 2018-2019, soit une augmentation de 86%. Actuellement, la région de Souss-Massa avec ses conditions pédo-climatiques favorables est devenue une région à fort potentiel pour la production des fruits rouges (framboise et myrtille). Sur le plan socio-économique, la filière des fruits rouges génère plus de 10 millions de journées de travail au niveau des exploitations agricoles et des stations de conditionnement (Anonyme, 2019). Cette augmentation de la superficie et de la production a favorisé le développement de plusieurs agents pathogènes. Il est à souligner qu’à côté des obstacles abiotiques, plusieurs contraintes biotiques peuvent être répertoriées comme source de limitation de la productivité des fruits rouges à l’échelle mondiale. Il s’agit notamment de maladies virales, bactériennes, fongiques, et d’attaques par des insectes et des nématodes phytoparasites. Ces derniers ont une incidence économique très importante à l’échelle mondiale dont l’estimation réelle reste difficile en raison des nombreuses interactions avec les maladies cryptogamiques citées ci-dessus (Gigot et al., 2013). Cependant, malgré leur impact significatif sur la productivité au niveau national, les nématodes phytoparasites associés aux fruits rouges (myrtilles, framboise) n’ont fait l’objet d’aucun travail notable.

L’objectif de cette étude est d’évaluer la diversité et l’incidence des principaux nématodes phytoparasites associés à la culture du framboisier dans la région de Souss-Massa.

MATÉRIEL ET MÉTHODES

Sites prospectés

Des prospections ont été effectuées sur la culture du framboisier pendant les mois de Février, Mars et Avril, 2018 dans la région de Souss-Massa. Au cours de cette étude, un total de 41 échantillons a été prélevé au niveau de trois provinces : Biogra, Belfaa et Khmis Ait Amira (Figure 1). Le nombre des échantillons par province a été déterminé en fonction de l'importance de la culture du framboisier.

Figure 1 : Localisation des provinces de prospection nématologique

Méthode d’échantillonnage

Dans chaque province, 8 à 13 serres de framboise ont été sélectionnées au hasard. Au niveau de chaque serre, 10 sous-échantillons ont été prélevés aléatoirement en se basant sur les symptômes foliaires (les zones présentant un jaunissement partiel ou complet du limbe) ou racinaires dus aux genres Xiphinema et Meloidogyne, puis mélangés pour former un seul échantillon représentatif de 2 kg de sol. Les traitements et les analyses de l’ensemble des échantillons formés ont été effectués au laboratoire de l’INRA-Agadir.

Méthode d’extraction des nématodes

La méthode d’extraction utilisée est la technique modifiée des filtres de Baermann (Hooper, 1990). Pour cela on prépare les tamis à grande maille avec des papiers-mouchoirs. Le sol a été bien mélangé dans un bac plastique. Un échantillon de 100 cm³ de sol a été étalé sur un papier filtre qui est déposé sur un tamis à grande maille. Le tout est ensuite posé sur une assiette remplie d’eau afin que les nématodes puissent passer dans l’eau. Durant 48h de migration, les nématodes du sol ayant traversé le filtre de papier pour se retrouver dans l’eau au niveau de l’assiette ont été récupérés dans 20 ml d’eau. La suspension de nématodes est récupérée dans un bêcher puis filtrée dans un tamis de 5µm tenu en position inclinée. L’eau récupérée est ensuite examinée par la suite sous la loupe binoculaire.

Identification et dénombrement des nématodes phytoparasites

Après homogénéisation de la solution concentrée contenant les nématodes, 2 ml de suspension de nématodes ont été prélevées et mises dans une coupelle de comptage quadrillée puis examiné sous la loupe binoculaire au grossissement de 40 fois en se basant sur les caractères morphologiques de chaque genre de nématodes. Le nombre de nématodes obtenu est calculé au volume initial de la suspension de nématodes puis extrapolé au 100 g de sol. Les nématodes contenus dans la suspension sont montés entre lames et lamelles. Ces spécimens ont permis d’identifier les genres de nématodes en se basant sur la clé de détermination de Mekete et al. (2012). Les espèces de nématodes à galle Meloidogyge spp. et de lésions racinaires ont été identifiées en se basant sur les amorces de type SCAR (Zijlstra et al., 2000) et la clé de détermination de Castillo et Vovlas, (2007), respectivement.

RÉSULTATS ET DISCUSSION

Cette étude menée dans les provinces de Biogra, Khmit Ait Amira et Belfaa (région de Souss-Massa), a permis de révéler la présence de plusieurs nématodes phytoparasites associés à la culture du framboisier (Tableau 1). Douze genres ont été identifiés morphologiquement parmi les 41 échantillons de sol prélevés dans les serres représentatives (Tableau 1). Douze, onze et neuf genres de nématodes ont été identifiés au niveau des provinces de Biogra, khmis Ait Amira et Belfaa respectivement. Parmi les nématodes les plus répandus chez le framboisier dans la province de Biougra, on trouve les Meloidogyne (65%), Pratylenchus (60%) et Tylenchus (55%). Dans la province de Khmis Ait Aimera, les genres les plus répandus sont Helicotylenchus (84,6%), Pratylenchus (53,8%) et Tylenchus (54%). Au niveau de la province de Belfaa, les genres suivants : Helicotylenchus (75%), Meloidogyne (62,5%) et Pratylenchus (62%) sont les genres les plus répandus. Les espèces suivantes ont été identifiées parmi des spécimens choisis au hasard : Pratylenchus penetrans, Pratylenchus thornei, Meloidogyne incognita, Meloidogyne javanica et Ditylenchus dipsaci.

Les nématodes à galle du genre Meloidogyne sont le groupe de nématodes le plus répandu dans les trois provinces. Deux espèces de nématodes à galle, M. javanica et M. incognita ont été identifiées sur framboisier dans les échantillons provenant de trois provinces. Les densités de nématodes phytoparasites sont généralement plus élevées dans la province de Khmis ait Amira (45 nématodes par 100 g de sol), tandis que, les densités les plus basses ont été trouvées à Biougra (2 nématodes par 100 g de sol). Les densités maximales des nématodes phytoparasites sont généralement faibles, dépassant 20 nématodes par 100 g de sol seulement pour les deux genres Pratylenchus et Tylenchus détectés dans la province de Khmis Ait Amira. En outre, la densité moyenne des nématodes associés à la culture du framboisier varie en fonction de la province échantillonnée. En effet, la densité moyenne des nématodes phytoparasites la plus élevée a été enregistrée au niveau de Biogra et Khmis Ait Amira avec 18 nématodes par 100 g de sol (Figure 2). Par contre, la densité la plus faible a été obtenue au niveau de Belfaa avec 12 nématodes par 100 g de sol.

Figure 2 : Densités des nématodes phytoparasites dans la région de Souss-Massa

Tableau 2 : Principaux nématodes associés à la culture de la framboise dans les trois zones (Biogra, Khmit Ait Amira et Belfaa), Souss-Massa

Des études au Canada et l'Écosse ont révélé la présence de plusieurs genres de nématodes phytoparasites associés à la culture du framboisier qui réduisent le rendement en entrainant des pertes économiquement importantes (Trudgill, 1986 ; Belair, 1991). En effet, les deux genres les plus fréquents Meloidogyne et Pratylenchus détectés dans cette étude figurent parmi les dix nématodes phytoparasites les plus nuisibles dans le monde (Jones et al., 2013). Plusieurs études sur les nématodes du framboisier ont montré la présence des mêmes genres détectés dans notre étude (Belair et Khanizadeh, 1994; Zasada et al., 2015; Mohamedova et Samaliev, 2018). Belair et Khanizadeh (1994) ont rapporté la présence de six genres de nématodes phytoparaistes dans les champs de framboises de sept régions agricoles de la province de Québec avec une prédominance du genre pratylenchus (45%). Poiras et al. (2014) ont rapporté la présence de 27 espèces de nématodes appartenant à 19 genres associés à la culture du framboisier en Moldavie. Aussi, Romanenko et al. (2014) ont détecté neuf genres de nématodes phytoparasites sur framboisier dans la région de Mosco, en Russie. Dans notre étude, Pratylenchus spp. et Helicotylenchus spp. sont les genres les plus prédominants. Ce résultat coïncide avec d’autres rapports selon lesquels Pratylenchus spp. et Meloidogyne spp. sont globalement considérés comme des genres les plus importants du point de vue économique, avec une gamme d’hôtes très étendue (Jones et al., 2013). Les nématodes des lésions racinaires Pratylenchus spp. est le genre le plus dominant parmi les nématodes phytoparasites détectés dans cette étude. Ce genre a été trouvé dans 60%, 53,8% et 62% des échantillons prélevés respectivement dans les provinces de Biogra, Khlmit Ait Amira et Belfaa. L’impact de ce genre de nématodes sur la culture du framboisier devrait faire l’objet de plusieurs études approfondies. Plusieurs études ont signalé la présence de Pratylenchus spp. dans la rhizosphère de framboise (Zasada et al., 2015; Romanenko et al., 2014). Aux États-Unis, d'après McElroy (1977) et Kroese et al. (2016), l'un des facteurs les plus importants limitant la production de framboises est la présence de l’espèce Pratylenchus penetrans. Les nématodes à galle Meloidogyne spp. ont été détectés dans 65, 38 et 62,5% des serres échantillonnées dans les provinces de Biogra, Khmit Ait Amira et Belfaa respecitivement. Les deux espèces de Meloidogyne detectées Meloidogyne javanica et M. incognita ont été signalées récemment dans plusieurs cultures, notamment le safran (Mokrini et al., 2018) et les cultures maraichères (Janati et al., 2018). Les nématodes vecteurs de virus ont été signalé par plusieurs chercheurs sur framboisier (Poiras et al., 2014; Romanenko et al., 2014). Dans la présente étude, les deux genres Xiphinema et Longidorus ont été détectés en faibles densités, entre 1 et 7 nématodes par 100 g de sol.

CONCLUSION

Les résultats obtenus lors de cette étude confirment l’existence d’une diversité assez importante de nématodes phytoparasites en culture du framboisier. Sur la base de ces résultats, les nématodes du genre Pratylenchus, Meloidogyne et Helicotylenchus sont les plus fréquents sur framboisier dans la région de Souss-Massa. Les quatre espèces Meloidogyne javanica, M. incognita, Pratylenchus penetrans et P. thornei, identifiées dans cette étude semblent être les plus abondantes sur la culture du framboisier. Ces espèces se caractérisent par une très large gamme d’hôtes qui comprend aussi des cultures maraichères, légumineuses et céréalières (pour le cas des deux espèces de Pratylenchus). En ce qui concerne les nématodes ectoparasites, les plus importants sont Xiphinema et Longidorus. Ces deux genres regroupent des espèces de nématodes connues comme vecteur de plusieurs virus sur framboisier. Ces données font lumière sur l’importance des nématodes phytoparasites sur framboisier au Maroc et fournissent des éléments importants à l’orientation de programmes de prévention et de lutte.

RÉFÉRENCES

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