Résumé

Le Tangérois est en plein évolution socioéconomique avec le développement des zones franches et l’installation d’une nouvelle population. Les besoins en eau et en produits agricoles augmentent. L’urbanisation et l’industrialisation font que la terre change d’utilisation et de fonction.Ces changements impacteraient le comportement hydrologique du bassin du Tleta (17 700 ha) qui alimente le barrage Ibn Batouta ; source importante d’eau pour le Tangérois. L’hypothèse posée est que ces changements paysagers impactent la production en eau, l’érosion des sols et la productivité des terres. C’est la finalité principale du projet de recherche ALMIRA dans lequel s’insère cette étude. Elle vise à contribuer à la vérification de cette hypothèse en analysant la dynamique agraire et paysagère dans le Tleta. Le diagnostic du bassin Tleta a permis un zonage agroécologique des terres et une description des systèmes d’exploitation agricole (56 exploitations enquêté). Huit quadrats de 1,75 km² en moyenne ont été choisis pour analyser la dynamique des occupations des terres et des parcellaires entre 2000 et 2015 à partir de l’exploitation de cartes des occupations produites à différentes dates et d’images Google de 2003, 2009 et 2015. Pour chaque quadra, le parcellaire a été digitalisé. L’étude a confirmé l’intense évolution des espaces dans le Tleta. Les facteurs de changement importants sont le développement économique, l’implantation de la ville nouvelle de Chrafate, l’apport de capitaux extérieurs, l’exode des jeunes, le développement de l’arboriculture (Plan Maroc Vert) et la valorisation du matorral. L’analyse des quadrats a montré que la part des parcelles avec bâti varie de 0 à 30% ; celles avec haie de 0 à 90%; la taille médiane des parcelles est inférieure à 0,5 ha mais varie de quelques m² à 2 ha ; la part du matorral varie entre 2 et 57%. Le système d’exploitation dominant est la polyculture-polyélevage. La taille moyenne d’une exploitation est de 7,7ha répartie sur 6 parcelles. 50% des exploitations ont une taille de 5 à 10 ha. Elles produisent des céréales (blé, orge, avoine), du sorgho et des légumineuses (fève, lentilles, pois chiche), destinées à l’autoconsommation et à l’élevage. La rotation dominante est culture (céréales)/jachère qui sert de pâture au cheptel. La plantation de l’olivier est récemment développée. Le troupeau moyen est composé de 4 bovins, 3 ovins et 3 caprins. Cette étude a posé les bases d’une analyse prospective du bassin : comment ces évolutions vont-elles se combiner à l’horizon 2040 ? Quels seront les impacts sur l’économie agricole, l’érosion et la fourniture d’eau pour le barrage ?


Mots clés : Dynamique agraire, Dynamique paysagère, Bassin versant Tleta, Rif Occidental, Maroc