L’antibiothérapie vétérinaire en aviculture: analyse des pratiques dans la commune rurale de Saaba dans une perspective One health au Burkina Faso

Auteurs-es

  • Evariste BAKO Centre Universitaire de Tenkodogo, Université Thomas Sankara, Ouagadougou, Burkina Faso
  • Ange Irénée TOE Centre Universitaire de Tenkodogo, Université Thomas Sankara, Ouagadougou, Burkina Faso
  • Nicolas BARRO Laboratoire de Biologie Moléculaire d'Epidémiologie et de Surveillance des bactéries et virus transmissibles par les aliments, Université Joseph Ki-Zerbo, Ouagadougou, Burkina Faso
  • Mohamed ZEBA Centre Universitaire de Tenkodogo, Université Thomas Sankara, Ouagadougou, Burkina Faso

DOI :

https://doi.org/10.5281/zenodo.21684006

Résumé

L’objectif global de cette étude était d’examiner l’application et le respect des bonnes pratiques d’antibiothérapies vétérinaires dans les fermes avicoles dans la zone péri-urbaine de la commune rurale Saaba. Pour ce faire, une enquête visant à collecter des informations a été réalisée auprès de 40 fermes de productions avicoles sans distinction de système de production après avoir obtenu un consentement éclairé de la part des exploitants. Sur les fermes enquêtées, 52,5% de producteurs ont reçu une formation en production avicole. Il faut noter la présence de pédiluve (55,0%), celle d’équipements de protection personnel (42,5%), la mise en place de plans de prophylaxie sanitaire et médicale dans 80% des fermes. Pour le traitement des maladies, plusieurs familles d’antibiotiques (ATBs) ont été utilisées, dont la plupart sont les oxytétracyclines (54,0%). Les prescripteurs des ATBs sont composés de médecins vétérinaires (45,0%), de techniciens d’élevage (22,5%) et les éleveurs eux-mêmes (30,0%). Cette étude a permis d’avoir un aperçu sur les pratiques liées à l’utilisation des ATBs dans les fermes avicoles dans la zone péri-urbaine de la commune rurale de Saaba et de formuler des recommandations en vue de renforcer les bonnes pratiques d’utilisation dans une perspective One Health.

Mots clés: Bonnes pratiques, antibiothérapie vétérinaire, volailles, Burkina Faso

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INTRODUCTION

Au Burkina Faso, l’aviculture représente l’un des sous-secteurs de l’élevage les plus dynamiques. Le cheptel avicole national est estimé à environ 44 millions de têtes selon le Ministère des Ressources Animales et Halieutiques (2018), et cette activité constitue une source importante de revenus pour près de 1,6 million de producteurs et de ménages, notamment les femmes vivant en milieu rural (Traoré et al., 2025). Par sa contribution à l’approvisionnement en protéines animales et à la génération de revenus, l’aviculture est reconnue comme un levier important de développement socio-économique et de lutte contre la pauvreté (Pindé et al., 2020; Sankara et al., 2021).

Au cours des dernières décennies, le secteur a connu une croissance significative, marquée par l’émergence de fermes modernes spécialisées dans la production intensive d’œufs et de poulets de chair. Malgré cette évolution, les performances du secteur restent limitées par plusieurs contraintes, notamment l’insuffisance de la couverture sanitaire, les difficultés d’approvisionnement en aliments de qualité et la persistance de nombreuses pathologies affectant les élevages (Pousga et Boly, 2009). Les maladies infectieuses, en particulier celles d’origine bactérienne et virale, continuent d’occasionner d’importantes pertes économiques en réduisant la productivité et la rentabilité des exploitations avicoles (Henry, 2007).

Face à ces défis sanitaires, les antibiotiques occupent une place centrale dans les pratiques d’élevage. Ils sont utilisés à des fins thérapeutiques pour le traitement des infections, mais également à titre prophylactique afin de prévenir l’apparition ou la propagation de maladies au sein des troupeaux. Dans certains contextes, leur utilisation peut également compenser des insuffisances en matière de biosécurité et de gestion sanitaire des exploitations (Mensah et al., 2015). Toutefois, l’usage excessif ou inapproprié des antimicrobiens en production animale est aujourd’hui reconnu comme une préoccupation majeure de santé publique à l’échelle mondiale, en raison de ses répercussions sur la santé animale, la santé humaine et l’environnement (Dabire et al., 2025).

L’utilisation non rationnelle des antibiotiques dans les élevages peut entraîner la présence de résidus médicamenteux dans les produits d’origine animale destinés à la consommation humaine, notamment lorsque les délais d’attente recommandés ne sont pas respectés (Samandoulgou, 2013). Ces résidus constituent un risque sanitaire important pour les consommateurs en raison de leurs effets potentiels, notamment des réactions allergiques associées à certaines molécules telles que les pénicillines et la streptomycine, des effets toxiques liés à des substances comme le chloramphénicol, des perturbations de la flore intestinale attribuées aux tétracyclines, ainsi que des risques cancérigènes rapportés pour certaines familles d’antimicrobiens telles que les nitrofuranes (Halmaoui, 2018). Plus préoccupant encore, l’exposition répétée aux résidus d’antibiotiques favorise la sélection et la dissémination de bactéries résistantes, contribuant ainsi à l’émergence et à la propagation de l’antibiorésistance, considérée comme l’une des principales menaces sanitaires du XXIè siècle (Cerniglia et Kotarski, 2005).

Dans une perspective «One Health», qui reconnaît l’interconnexion entre la santé humaine, animale et environnementale, l’amélioration des pratiques d’utilisation des antibiotiques en élevage constitue un enjeu prioritaire. Cependant, au Burkina Faso, les données relatives à l’application des bonnes pratiques d’antibiothérapie vétérinaire dans les exploitations avicoles demeurent limitées. Une meilleure connaissance des pratiques des éleveurs est indispensable pour identifier les facteurs favorisant l’usage inapproprié des antibiotiques et orienter les interventions visant à promouvoir leur utilisation responsable.

C’est dans ce contexte que la présente étude a été conduite afin d’évaluer l’application et le respect des bonnes pratiques d’utilisation des antibiotiques dans les fermes avicoles de la zone périurbaine de la commune rurale de Saaba, au Burkina Faso. Les résultats attendus contribueront à renforcer les stratégies de gestion rationnelle des antimicrobiens et à soutenir les efforts nationaux de lutte contre l’antibiorésistance.

MATÉRIEL ET MÉTHODES

Site d’étude

L’étude a été menée d’Août à Octobre 2022. Les zones d’étude étaient localisées dans la zone péri-urbaine de la commune rurale de Saaba, province du Kadiogo. Saaba est l’une des six communes rurales de Ouagadougou. Elle est située au nord-est de la province de Kadiogo. Elle est délimitée par le parallèle 12° 2’ 37" de latitude nord et le méridien 1° 25’ 15" de longitude ouest (Figure 1). Les villages enquêtés sont les suivants: Zaken, Gampéla,Koala,Tanguen, Tanlarghin, Nioko I, Wamtenga, Mogden,Komkaga.

Les données ont été collectées par interview direct au cours d’une enquête à l’aide d’un questionnaire structuré auprès de 40 fermes identifiées par la Zone d’Appui Technique en Élevage (ZATE) de Saaba, dont la répartition est présentée dans le Tableau 1.

Le questionnaire avait pour objectif d’identifier la ferme ainsi que l’enquêté, de caractériser la ferme, de recueillir des données sur le suivi sanitaire de la ferme en particulier l’utilisation et la gestion des antibiotiques, de noter les problèmes pathologiques observés dans la ferme ainsi que les moyens déployés afin de contrer cela. Le questionnaire a été administré plus aux fermiers qu’aux promoteurs car ce sont ces derniers qui sont plus en contact avec les sujets et qui sont plus sur place. Le temps d’administration du questionnaire était estimé entre 5 et 10 minutes.

Analyse des données

Le Tableur Excel version 2019 a été utilisé pour la saisie des données, les analyses descriptives et la construction des graphiques. Le logiciel R version 4.4. a été utilisé pour réaliser les analyses de variances, les tests de chi-carré.

RÉSULTATS

Caractéristiques socio-démographiques des aviculteurs enquêtés

L’analyse du profil socio-démographique des aviculteurs enquêtés révèle une prédominance des hommes représentant 90,2 % de l’effectif contre seulement 9,76 % de femmes. Cette disparité liée au genre s’avère statistiquement hautement significative (Tableau 2). Sur le plan générationnel, bien que 40 % des aviculteurs soient des jeunes âgés de moins ou de 30 ans, l’activité reste majoritairement pratiquée par des individus de plus de 30 ans (60 %), une différence de répartition qui ne montre toutefois pas de signification statistique.

Concernant le niveau d’instruction, la population d’aviculteurs affiche un taux de scolarisation global élevé. En effet, 77,5 % des répondants ont suivi un cursus d’enseignement formel, avec une prévalence notable du niveau secondaire (42,5 %), suivi des niveaux supérieur (17,5 %) et primaire (12,5 %). Les personnes non alphabétisées et celles alphabétisées en langue locale ne constituent respectivement que 22,5 % et 5 % de l’échantillon, traduisant une tendance statistiquement significative. La majorité des exploitants (60 %) a ainsi bénéficié d’un renforcement de compétences, principalement axé sur l’aviculture globale (52,5 %) et subsidiairement sur la vaccination (7,5 %), bien qu’une proportion non négligeable de 40 % exerce encore sans aucune formation technique préalable. Ces résultats sont très hautement significatifs.

Effectifs des sujets élevés

L’analyse de la taille des cheptels exploités met en évidence une forte prédominance des petites unités de production au sein de l’échantillon. Près de la moitié des aviculteurs interrogés (47,5 %) élèvent un effectif inférieur à 700 sujets par bande (Tableau 3). Cette prévalence de la classe de taille minimale s’avère hautement significative sur le plan statistique.

À l’inverse, l’aviculture à grande échelle demeure marginale dans la zone d’étude. Les grandes unités de productions, regroupant les intervalles de [2800;3500[ sujets et de [3500;4200[ sujets, ne concernent que 2,5 % des éleveurs pour chaque classe, des proportions faibles mais statistiquement significatives. Enfin, seulement 5 % des exploitations avicoles possèdent des effectifs industriels atteignant ou dépassant 4200 sujets par bande.

Les antibiotiques utilisés dans les fermes avicoles

Les analyses quantitatives mettent en évidence une hétérogénéité marquée dans la distribution des molécules antibiotiques détectées. L’oxytétracycline apparaît comme le composé majoritairement utilisé dont 54,0 % des aviculteurs l’utilisent, suivie par la colistine (34,1 % des aviculteurs et l’érythromycine 22,7 % (Figure 2). Une présence intermédiaire est observée pour la streptomycine (19,9%), le sulfadimidine (15,6%) et la diavéridine (15,6%). À l’inverse, la doxycycline (12,8%), la tylosine (11,4%) et la sulfadiazine (9,94%) affichent des niveaux plus modérés. Enfin, la néomycine enregistre la valeur la plus faible du panel avec seulement 5,68 (%).

Pourcentage d’utilisation des antibiotiques par les aviculteurs

Une forte propension à la double approche thérapeutique, préventive et curative, chez 50 % des sujets interrogés est mise en évidence (Figure 3). Cette prévalence élevée de l’usage cumulé suggère une stratégie de gestion sanitaire intensive, potentiellement liée à une perception accrue des risques pathologiques ou à un manque de protocoles de biosécurité standardisés. De plus, le fait que seuls 27 % se limitent au traitement curatif et 18 % au préventif reflète une possible imbrication ou confusion dans les pratiques de terrain. Enfin, la faible proportion d’abstention thérapeutique (5 %) confirme le caractère quasi systématique du recours aux intrants chimiques ou médicamenteux dans le contexte étudié.

Les vétérinaires constituent les principaux professionnels de santé animale prescrivant les substances médicamenteuses, représentant 45 % des réponses (Figure 4). Cependant, une part substantielle des prescriptions provient directement des éleveurs eux-mêmes, qui représentent 30 % du total. Les techniciens d’élevage interviennent quant à eux dans 22,5 % des cas. Enfin, une faible proportion des personnes interrogées (2,5 %) n’a pas fourni de réponses à cette question.

L’analyse des canaux de distribution montre une hétérogénéité dans le choix des points d’achat des produits par les aviculteurs (Figure 5). Les pharmacies vétérinaires représentent la source d’approvisionnement principale, sollicitée par 42,5 % des aviculteurs interrogés. De plus, 30 % des aviculteurs affirment alterner indifféremment entre une pharmacie ou une clinique vétérinaire. Le recours exclusif aux cliniques vétérinaires concerne quant à lui 15 % de l’échantillon. Enfin, un taux de 12,5 % d’aviculteurs n’a émis aucune réponse.

Fréquence d’utilisation des ATBs dans l’année

Les ATBs en poudre (voie orale) sont les plus utilisés dans les fermes (67,5%) (Tableau 4) avec un recours de plus de deux fois dans l’année, suivi des produits injectables (50%) plus de deux fois dans l’année et celui des produits en comprimés (10%) utilisés plus de deux fois dans l’année.

DISCUSSION

Caractéristiques des enquêtés

La majorité des aviculteurs enquêtés sont des hommes (85%); seulement 15% sont des femmes. Ces données montrent que l’élevage est beaucoup plus mené par les hommes. Ces résultats sont similaires à ceux de Pindé et al., (2020) qui ont montré que 70,3% des éleveurs étaient majoritairement masculins et 29,7% étaient des femmes. Le fait que cette activité soit dominée par les hommes pourrait s’expliquer par les conditions de travail exigeantes de cette activité supportables par ces derniers. Aussi, certaines perceptions culturelles expliqueraient le fait de la pratique de l’activité par plus d’hommes que de femmes.

Aussi 42,5% des personnes enquêtées ont un niveau d’instruction secondaire et 22,5% sont non alphabétisés. Ces résultats sont légèrement supérieurs à celui de Beddada, (2021) qui laissent apercevoir que 38% des éleveurs ont un niveau secondaire. Par ailleurs, le niveau d’instruction pourrait contribuer à l’amélioration ou pas des performances liées à l’élevage, à travers la compréhension et l’appropriation des techniques d’élevage.

Pour ce qui est de la formation reçue par les personnes enquêtées, un taux/fréquence de 52,5% de personnes avaient reçu une formation sur des aspects généraux de l’aviculture, seulement 7,5% avaient reçu une formation sur les techniques de vaccination et 40% prétendent n’avoir jamais reçu de formation dans le domaine. Ces résultats sont légèrement différents à ceux de Pindé et al., (2020) qui avaient trouvé que 41,4% des éleveurs avait reçu une formation en aviculture contre 45,7% qui n’en avaient pas reçu, et 12,9% affirmant s’être former dans d’autres domaines (embouche, lait, santé).

Pour ce qui est de l’effectif de sujets élevés, les données révèlent qu’environ 47,5% ont moins de 700 sujets contre seulement 5% qui ont plus de 4200 sujets avec une moyenne de 1187 de sujets notés pour 40 fermes enquêtées contre une moyenne de 4160 sujets enregistrés par Gbadamassi (2018) dans le département de l’Atlantique au sud-Bénin.

Antibiotiques utilisés par les aviculteurs

L’omniprésence de l’oxytétracycline (54,0% des aviculteurs l’utilisent) mise en lumière dans cette étude s’accorde avec les observations de la littérature scientifique concernant l’utilisation massive des tétracyclines en médecine vétérinaire ou agricole (OMSA, 2023). Ce niveau élevé, représentant près de dix fois la valeur de la néomycine (5,68 % des aviculteurs l’utilisent), s’explique potentiellement par son faible coût, sa stabilité chimique et son large spectre d’action (Sanders et al., 2011). De plus, la détection conjointe de molécules critiques à des taux non négligeables, telles que la colistine (34,1 % des aviculteurs l’utilisent) soulève d’importantes préoccupations en matière de santé publique liée notamment à la sélection de bactéries résistantes (OMS, 2019). Ce phénomène accentue le risque de co-sélection de gènes de résistance bactérienne aux antibiotiques d’importance critique pour la santé humaine.

Utilisation d’antibiotiques

Bien que les médecins vétérinaires demeurent les premiers prescripteurs avec 45 % des aviculteurs, les résultats mettent en lumière un recours critique à l’auto-prescription. En effet, le fait que 30 % des traitements soient directement initiés par les éleveurs témoigne d’un manque d’encadrement médical strict et d’un accès informel aux intrants vétérinaires (FAO, 2016; Woyessa et al.,2020).Cette situation, complétée par l’intervention des techniciens d’élevage (22,5 %), souligne la porosité du circuit de distribution des médicaments (Mensah et al., 2015). Ce niveau élevé de prescriptions non vétérinaires (cumulant 52,5 %) constitue un facteur de risque majeur pour le mésusage des molécules, contribuant de manière directe à l’émergence de l’antibiorésistance sur le terrain.

Profil des prescripteurs d’antibiotiques

Bien que le corps vétérinaire demeure le premier prescripteur officiel avec 45 % des déclarations ayant eu recours à ces professionnels de santé animale, les résultats mettent en lumière un recours critique à l’auto-prescription. En effet, le fait que 30 % des traitements soient directement initiés par les éleveurs témoigne d’un manque d’encadrement médical strict et d’un accès informel aux intrants vétérinaires. Cette situation, complétée par l’intervention des techniciens d’élevage (22,5 %), souligne la porosité du circuit de distribution des médicaments. Ce niveau élevé de prescriptions non vétérinaires (cumulant 52,5 %) constitue un facteur de risque majeur pour le mésusage des molécules, contribuant de manière directe à l’émergence de l’antibiorésistance sur le terrain (Coyne et al., 2019).

Lieu d’approvisionnement

Les données relatives aux lieux d’approvisionnement mettent en évidence une centralisation apparente des achats vers les structures dédiées, avec 42,5 % de fréquentation exclusive pour les pharmacies vétérinaires. Le fait qu’une large majorité des aviculteurs (soit 87,5 % si l’on cumule les circuits formels exclusifs et mixtes) utilise ces points de vente formels est un indicateur encourageant pour le contrôle de la qualité des intrants distribués (ANSES, 2021). Cependant, la part notable de non-réponses (12,5 %) ne doit pas être négligée. Dans le secteur avicole, le refus de spécifier la source d’approvisionnement dissimule parfois un recours à des marchés parallèles, à des vendeurs ambulants informels ou à de la contrebande de médicaments vétérinaires (Boko et al., 2022; Caudell et al., 2020). Cet aspect souligne la nécessité de renforcer la traçabilité des molécules commerciales pour limiter les risques sanitaires liés à l’antibiorésistance.

Les résultats de cette étude soulignent l’importance d’une approche One Health dans la lutte contre l’antibiorésistance. En effet, l’utilisation fréquente d’antibiotiques en aviculture, notamment de molécules d’importance critique pour la médecine humaine telles que la colistine, associée à des pratiques d’auto-prescription et à un encadrement vétérinaire insuffisant, favorise la sélection et la dissémination de bactéries résistantes au sein des élevages. Ces bactéries résistantes ainsi que leurs gènes de résistance peuvent être transmis à l’Homme par contact direct avec les animaux, par la chaîne alimentaire ou par la contamination de l’environnement via les déjections et effluents d’élevage. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS https://www.who.int/health-topics/one-health), l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA/WOAHhttps://www.woah.org/en/what-we-do/global-initiatives/antimicrobial-resistance) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO https://www.fao.org/one-health/areas-of-work/antimicrobial-resistance) reconnaissent d’ailleurs l’antibiorésistance comme une menace majeure nécessitant une réponse coordonnée entre les secteurs humain, animal et environnemental. Dans ce contexte, le renforcement de la surveillance intégrée de l’utilisation des antibiotiques et de la résistance bactérienne, la formation continue des aviculteurs et l’amélioration de la gouvernance des médicaments vétérinaires apparaissent comme des priorités pour préserver l’efficacité des antimicrobiens et protéger durablement la santé publique.

CONCLUSION 

Cette étude analytique, menée auprès de 40 fermes de la zone péri-urbaine de Saaba au Burkina Faso, a permis de dresser un état des lieux précis des pratiques d’antibiothérapie au sein de la filière avicole locale. Les résultats mettent en lumière un secteur dynamique, principalement masculin et encadré par des producteurs majoritairement scolarisés et formés aux métiers de l’élevage.

Bien que les mesures de biosécurité et le recours à des professionnels de la santé animale (vétérinaires et techniciens) soient globalement intégrés dans la gestion des exploitations, l’usage des antibiotiques révèle d’importantes marges de progression quant au respect des bonnes pratiques. L’étude met en évidence un recours quasi systématique et souvent cumulé aux traitements curatifs et préventifs (50 % des cas), avec une prédominance marquée pour l’utilisation de l’oxytétracycline par voie orale. De plus, la persistance de l’auto-prescription par 30% des éleveurs pose des risques majeurs. Ces pratiques non contrôlées favorisent l’apparition de résidus médicamenteux dans les denrées alimentaires et accélèrent le développement de l’antibiorésistance, menaçant ainsi la santé animale et humaine.

Pour garantir la viabilité de la filière avicole burkinabè et préserver la santé publique, certaines recommandations pourraient être formulées. Ce sont les suivants: (i) Renforcer la sensibilisation des éleveurs sur les dangers de l’auto-médication et l’importance cruciale du respect strict des délais d’attente avant l’abattage; (ii) Intensifier les formations obligatoires axées spécifiquement sur l’usage raisonné des antimicrobiens et le durcissement des protocoles d’hygiène et de biosécurité; (iii) Accroître les contrôles sanitaires sur les marchés et au niveau des circuits de distribution afin de limiter la présence de résidus d’antibiotiques dans la viande de volaille consommée.

En définitive, une synergie d’actions entre les autorités sanitaires, les vétérinaires et les aviculteurs est indispensable pour faire évoluer les pratiques de terrain vers une approche durable et sécurisée.

RÉFÉRENCES

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Publié-e

17-06-2026

Numéro

Rubrique

Production et Santé Animales