Usages et risques liés à l’utilisation des plantes médicinales au Togo

Auteurs-es

  • Kossi Apélété Marcos ADJANOGLO Laboratoire de Botanique et Écologie Végétale, Département de Botanique, Faculté des Sciences, Université de Lomé, Togo
  • Wouyo ATAKPAMA Laboratoire de Botanique et Écologie Végétale, Département de Botanique, Faculté des Sciences, Université de Lomé, Togo https://orcid.org/0000-0001-7041-918X
  • Hodabalo EGBELOU Laboratoire de Botanique et Écologie Végétale, Département de Botanique, Faculté des Sciences, Université de Lomé, Togo
  • Madjouma KANDA Laboratoire de Botanique et Écologie Végétale, Département de Botanique, Faculté des Sciences, Université de Lomé, Togo
  • Komlan BATAWILA Laboratoire de Botanique et Écologie Végétale, Département de Botanique, Faculté des Sciences, Université de Lomé, Togo

DOI :

https://doi.org/10.5281/zenodo.18668904

Mots-clés :

Plantes médicinales, importance, dangers, région maritime, Togo

Résumé

Bien qu’efficaces et souvent considérés comme naturels, les usages des plantes ne demeurent pas sans danger. Cette étude a: (i) caractérisé les utilisateurs des plantes médicinales (PM) par les patients des centres de santé conventionnels; (ii) déterminé les raisons du choix et le degré de satisfaction; (iii) recensé les effets indésirables et les risques potentiels. Les données ont été collectées à travers une enquête semi-structurée par entretiens individuels auprès de 329 répondants au niveau du Centre Médico-social Jérusalem au Togo. Le profil socioprofessionnel le plus impliqué dans l’usage des PM est celui des artisans (54 %). Le coût du traitement, relativement faible par rapport aux produits de pharmacies modernes, est la principale raison du choix de la phytothérapie (60,2 %). La décoction (24,5 %) est le mode de préparation le plus rapporté. Le taux d’utilisateurs ayant trouvé satisfaction est de 91,5 %. Le paludisme est l’affection pour laquelle les répondants utilisent le plus les plantes médicinales. Les principaux effets secondaires sont la diarrhée et l’intoxication. Il est essentiel de prendre des précautions lors de l’utilisation des PM afin de limiter les effets indésirables potentiels.

Mots clés: Plantes médicinales, importance, dangers, Togo

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INTRODUCTION

La médecine traditionnelle est la somme totale des connaissances, compétences et pratiques qui reposent sur les théories, les croyances et les expériences propres à une culture, utilisées pour maintenir les êtres humains en bonne santé ainsi que pour prévenir, diagnostiquer, traiter et guérir des maladies physiques et mentales (OMS, 2002). Elle demeure, le recours principal pour une grande majorité des populations surtout celles des pays en voie de développement pour résoudre leurs problèmes de santé(Carillon, 2000; OMS, 2002). Malgré l’essor de la médecine moderne, l’on note un regain d’intérêt des populations de par le monde à la médecine et la pharmacopée traditionnelles (Sourabie et al., 1992; Sheng-Ji, 2001; Olsen, 2005). On estime entre 60 à 80 % de la population togolaise utilisatrice des plantes médicinales (Akerele, 1991; Adjanohoun, 1995; Ahyi, 1997; Batawila, 2005; Sema et al., 2018). Les recettes médicamenteuses sont faites principalement à base des plantes, mais aussi des restes d’animaux et des minéraux.

Plusieurs raisons justifient la large adoption et utilisation des plantes médicinales (PM) dans les pays en voie de développement. On distingue les raisons culturelles (Bussmann et Sharon, 2006; Toledo et al., 2009; Sema et al., 2018) et économiques. Le coût de la phytothérapie est relativement plus abordable que celui de la médecine conventionnelle (Sema et al., 2018; Tittikpina et al., 2020). La non-proximité des centres de santé des populations surtout en milieu rural et la présence des plantes médicinales dans le voisinage immédiat (Atakpama et al., 2021) font aussi de la médecine traditionnelle une médecine de proximité.

Les PM demeurent les premières sources des médicaments vendus dans les officines. Plusieurs PM possèdent des vertus thérapeutiques prouvées et sont exempt d’effets indésirables (Kaboré et al., 2003; Errajraji et al., 2010). Cependant, tout comme les produits conventionnels, l’usage des plantes peut se révéler dangereux pour la santé des patients (Tchacondo et al., 2011; Pissand et al., 2018; Franck et al., 2020). Des risques dus à une mauvaise manipulation des préparations, d’administration ou de dosage peuvent engendrer des dangers potentiellement graves (Tchacondo et al., 2007; Tchacondo et al., 2011; Pissand et al., 2018) allant jusqu’à la mort. Il existe aussi des risques liés au moment de récolte et d’administration des recettes médicamenteuses (Tchacondo et al., 2007; Franck et al., 2020). Disposer d’un ensemble de données exhaustives sur l’utilisation des plantes médicinales par les patients fréquentant les centres de santé conventionnels, les sources d’information auxquelles ces derniers ont accès et les risques potentiels associés à l’utilisation des PM représenterait un avantage indéniable pour l’optimisation de la prise en charge des patients. Ces connaissances pourraient également constituer des bases pour une meilleure valorisation des PM.

Cette étude sur la perception de la phytothérapie et les connaissances des effets secondaires potentiels est une contribution à la valorisation de la médecine traditionnelle au Togo. Plus spécifiquement, il s’agit de: (i) caractériser les utilisateurs des PM par les patients des centres de santé conventionnels; (ii) déterminer les raisons du choix et le degré de satisfaction; (iii) recenser les effets indésirables et les risques potentiels liés à l’usage des PM.

MATÉRIEL ET MÉTHODES

Description de la zone d’étude

L’étude a été menée dans le CMS Jérusalem d’Agbalépédogan dans le canton d’Agbalépédogan, situé dans la préfecture de Lomé, commune d’Aflao Gakli, région Maritime du Togo (Figure 1). Cette région située au sud du Togo, avec une superficie de 6100 km2, comporte huit préfectures.

L’une des principales activités économiques de la région Maritime est le commerce occupant 60 % de la population active, surtout les femmes (Gadikou et al., 2022). Les différents produits proposés sur les marchés de la région sont ceux de l’agriculture, l’élevage, de l’artisanat et les produits manufacturés de première nécessité. Ce commerce est aussi marqué par la vente des PM. Le monopole de la vente est détenu par les femmes (Amegan, 2012). La forte utilisation et la dégradation induites par la forte pression démographique restent des facteurs de vulnérabilité des PM de la région (Gadikou et al., 2022).

Échantillonnage

Il s’agit d’une étude descriptive et prospective. La collecte des données s’est déroulée du 10 janvier au 15 juin 2022 auprès d’un échantillon de 329 personnes. Ces derniers comprennent des patients, leurs accompagnants et le personnel de santé du CMS Jérusalem d’Agbalépédogan. Le choix des individus est fait au hasard sans distinction de sexe, d’âge, de religion et d’ethnie (Amegbenyuie et al., 2023). Seules les personnes consentantes ont été interrogées. L’étude n’as pas pris en compte les noms des répondants. Ces derniers ont été remplacer par des codes des fiches.

Collecte des données

La méthodologie suivie est celle des enquêtes semi-structurées par des entretiens individuels (Amegbenyuie et al., 2023). Les informations collectées sont relatives aux plantes médicinales utilisées: le mode de préparation, le degré de satisfaction après usage, les effets indésirables potentiels, les risques encourus et l’origine de la connaissance des usages des PM. Ces dernières ont été précédées par le recensement des affections les plus courantes pour lesquelles les usagers ont au moins une fois utilisé les PM. Les données complémentaires sont celles de l’identification des enquêtés: nom, sexe, âge, niveau d’étude, profession. Ces informations permettent de caractériser les utilisateurs des plantes médicinales fréquentant les centres de santé.

Traitement des données

Les données collectées ont été saisies dans un tableur Microsoft Excel® puis traitées avec le même tableur. Le traitement a consisté à une statistique descriptive. Il s’agit de la représentativité des réponses (fréquence relative, moyenne) et la construction des graphiques. La caractérisation des répondants s’est basée sur la répartition des patients en fonction du sexe, de l’âge, du niveau d’étude et la profession. Les valeurs sont exprimées en pourcentages. La proportion est calculée en faisant le rapport entre le nombre total de citations d’une entité donnée et le nombre total de citations.

RÉSULTATS 

Caractéristiques socio-démographiques des utilisateurs des PM

Le sex-ratio des répondants est disproportionné en faveur du sexe féminin (68,0 %). La tranche d’âge la plus représentée est de 45 à 55 ans (31,6 %) suivie de celle de 25 à 35 ans (28,6 %) et celle de 55 à 65 ans (22,8 %). Les répondants d’âge de moins de 25 ans et de la tranche de 35 à 45 ans sont peu représentés.

Sur le plan scolaire, les analphabètes sont majoritaires (38 %). Par contre, les universitaires sont les moins représentés (13 %). Une proportion de 20 % des utilisateurs a le niveau collège et 22 % ont atteint le lycée.

La répartition des répondants selon la profession montre que la majorité comprend les artisans (menuisier, peintre, couturier, maçon, etc.). Ces derniers représentent un peu plus de la moitié (54 %) des utilisateurs de PM. Les entrepreneurs (commerçants, revendeurs, conducteurs de taxi moto et voiture…) viennent en seconde position (22 %). Les utilisateurs de PM recensés sont majoritairement artisans (54 %), suivis des entrepreneurs. Le personnel de santé, les phytothérapeutes et les étudiants/élèves sont les moins représentés (Figure 2).

Raisons du choix et degré de satisfaction des patients

Trois principales raisons justifiant le recours à la médecine traditionnelle ont été rapportées. Il s’agit de: le coût des prestations de santé de la médecine conventionnelle, les conditions d’accueil et de prestation dans les centres de santé conventionnels et l’usage habituel des PM. Le coût des prestations sanitaires reste la principale raison rapportée par presque les deux tiers (60,2 %) des répondants. La majorité des répondants juge bon en première intention de faire face à leurs pathologies avec la phytothérapie. Le recours aux soins de la médecine conventionnelle se fait en cas d’absence de résultats espérés ou l’apparition des complications. Dans plus d’un quart des cas (28,0 %), l’usage des plantes médicinales reste une habitude. Le recours à la phytothérapie s’explique également par les conditions d’accueil et de prestation dans les centres de santé. On distingue: le mauvais accueil du personnel de santé (33,7 % des cas), le manque de communication adéquat (27,5 %), une attente trop longue (20 %) et l’insuffisance du personnel de santé (18,7 %).

Parmi les utilisateurs de PM, seuls 8,52 % ont affirmé n’avoir pas eu satisfaction suite à l’usage des PM. Les autres ont été soit un peu satisfaits (46,2 %) ou très satisfaits (45,2 %). Les répondants peu satisfaits n’ont pas souvent été totalement guéris ou ont été victimes des effets secondaires de gravité légère, de surdosage ou autre.

Les 329 répondants considérés par la présente étude représentent environ 74,8 % des répondants ayant rapporté faire recours aux PM au moins une fois. Seulement 21,9% des répondants du CMS ont affirmé n’avoir jamais fait recours à la médecine traditionnelle. Les non-usages se font une certaine représentation sociale de la phytothérapie. Le mensonge et l’escroquerie des phytothérapeutes sont évoqués comme la principale cause (Figure 3). On note aussi le fait que certains associent la pratique de la médecine traditionnelle à l’animisme et par conséquent non conforme à leurs croyances religieuses. D’autres jugent la médecine traditionnelle dangereuse et inefficace.

Connaissances d’usage des plantes médicinales

Au total 16 affections ont été recensées lors de cette étude. Les pathologies les plus rapportées sont: le paludisme 32,1 %, la toux, les douleurs abdominales, les gastro-entérites, l’anémie, la candidose (Figure 4). D’autre part, il existe des pathologies de gravité plus élevées prises en charges par la phytothérapie, dont les crises hémorroïdaires, les infections sexuellement transmissibles (IST), le diabète, l’hypertension, les troubles sexuels aussi bien chez les femmes que chez les hommes.

Six (6) principaux modes de préparation ont été rapportés. La décoction est le mode de préparation le plus rapporté (Figure 5). La décoction permet de recueillir le plus de principes actifs et atténue ou annule l’effet toxique de certaines plantes.

Réputés par leur facilité et rapidité à diffuser et transmettre les informations, les réseaux sociaux et les plate-formes médiatiques ont été rapportés comme les premières sources d’information sur les PM (45,8 %). Les connaissances acquises auprès des revendeurs de plantes médicinales, des tradi-praticiens, des phytothérapeutes viennent en seconde position (Figure 6). Les cadres appropriés dont la transmission familiale des connaissances, la formation scolaire et l’initiation sont moins rapportés.

Effets indésirables et risques liés à l’usage des plantes médicinales

Plus de la moitié (65 %) des utilisateurs affirment ne pas tenir vraiment rigueur en ce qui concerne les différents paramètres de préparation et d’administration des recettes. Il s’agit entre autres du dosage, des interactions avec d’autres molécules, des fréquences de prise et des moments propices d’administration.

Sept (7) principaux effets indésirables ont été rapportés. L’effet indésirable plus fréquent est la diarrhée suivie des vomissements et de la constipation (Figure 7). La quasi-totalité des répondants (98,5 %) ne rapportent pas l’utilisation des plantes médicinales à leur médecin traitant lors des consultations.

Les usagers des plantes médicinales s’exposent à des risques de gravité importante. Le plus rapporté est l’intoxication (42,0 %). On note également une confusion des plantes par les utilisateurs le plus souvent non avisés et des cas d’avortement dus à l’usage des PM. Les risques les moins rapportés sont les troubles d’allaitement, les interactions médicamenteuses, les atteintes hépatiques et rénales et la mort (Figure 8).

DISCUSSION

La phytothérapie n’est pas méconnue par les usagers de la médecine conventionnelle. Ils n’hésitent d’ailleurs pas à s’en servir comme premier recours à l’apparition des premiers symptômes d’une quelconque maladie. Quasiment les trois quarts (74,8 %) des personnes fréquentant le centre de santé utilisent les plantes pour se soigner. Ce taux élevé montre l’engouement des populations de la commune du Golfe 5 pour la phytothérapie. Ce taux se rapproche de celui rapporté par Akpo Gnandji (2018) dans le grand Lomé (80,5 %). Il se rapproche également de celui des 80 % d’utilisateurs de la médecine traditionnelle en Afrique rapporté par l’OMS (2002). Dans le cadre de la présente étude, le fort taux d’utilisateurs ne peut pas s’expliquer par la non-proximité des centres de santé ni la présence dans le voisinage immédiat des PM (Atakpama et al., 2021; Pedanou et al., 2022).

Au-delà du mauvais accueil évoqué par les utilisateurs des PM, la valeur culturelle demeure la principale cause du choix de phytothérapie. L’implication de la culture dans l’adoption du mode de traitement est évoquée dans plusieurs études antérieures en Afrique tropicale et au Togo (Sema et al., 2018; Atakpama et al., 2021; Pedanou et al., 2022). Les connaissances et l’usage des PM sont fortement influencés par ce paramètre culturel et la profession des répondants. Dans le cadre de la présente étude, ceux qui ont le plus rapporté l’usage des PM ont été les artisans et les personnes analphabètes. Les agents de santé et les personnes ayant un niveau scolaire plus élevé ont moins rapporté l’usage des plantes. Ceci peut se justifier par le niveau de revenu rapporté comme la principale raison justifiant le taux élevé de l’adoption de la médecine traditionnelle par les populations des pays en voie de développement, dont l’Afrique (OMS, 2002).

Un accueil chaleureux marque toujours l’esprit du patient, le met en sécurité et lui garantit une bonne prise en charge. À contrario, un patient mal reçu devient crispé, renfermé sur lui et la consultation devient compliquée. Une consultation bâclée équivaut à un traitement raté et le meilleur moyen de ne plus revoir le patient.

Les patients sont généralement attirés par l’efficacité de la phytothérapie. Le taux de satisfaction de 91,5 % obtenu est comparable aux résultats de Akpo Gnandji (2018) qui a trouvé 92,3 % lors de son étude sur le recours des populations de Lomé à la médecine traditionnelle.

Par rapport aux âges, les personnes les plus âgées ont plus recours à la MT tandis les plus jeunes font moins recours aux plantes médicinales. Ce résultat est comparable à celui de Akpo Gnandji (2018). Ce résultat pourrait s’expliquer par le fait que les jeunes sont pour la plupart scolarisés et se désintéressent de la médecine traditionnelle, au profit de la médecine moderne. L’accumulation des connaissances d’usage des plantes médicinales par les personnes âgées justifierait également leur usage par ces derniers. Ceci est rapporté par l’analyse de l’âge sur les connaissances d’usage des plantes (Ayantunde et al., 2008; Zabouh et al., 2018; Atakpama et al., 2021).

La décoction reste le principal mode de préparation des recettes médicamenteuses le plus rapporté par les répondants. Ceci se rapproche des études précédentes sur l’usage des PM au Togo (Atakpama et al., 2015; Atakpama et al., 2021; Pedanou et al., 2022). On note plutôt l’utilisation de la macération dans la région des Savanes (Zabouh et al., 2018) dans le cadre de l’étude sur l’utilisation des plantes en médecine ethno-vétérinaire. C’est plutôt les extraits mous qui sont les plus rapportés dans la prise en charge des affections cutanées dans la préfecture de Doufelgou au Togo (Sema et al., 2018). Ces différences se justifient par la spécificité de ces deux dernières études.

Le paludisme reste la première prise en charge par les PM. Cette affection est rapportée comme la première cause de consultation dans les formations sanitaires de base en Afrique notamment au Togo (N’guessan et al., 2009; Maiga et al., 2019; Sanoussi et al., 2022). C’est aussi la première cause de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans dans les services de pédiatrie (Chaka et al., 2012; Sanoussi et al., 2022). Le paludisme constitue également l’affection courante chez les femmes enceintes (Dénou et al., 2017). Ceci justifie le foisonnement des plantes antipaludiques et antianémiques recensées sur les étalages des marchés de vente des plantes médicinales (Atakpama et al., 2014; Agbodeka et al., 2016; Dénou et al., 2017).

Les réseaux sociaux sont la source d’information la plus rapportée (45,8 %). Ceci diffère des résultats de la majorité des études sur les plantes médicinales (Sema et al., 2018; Gadikou et al., 2022; Pedanou et al., 2022). Ces dernières rapportent que la transmission des connaissances d’un ascendant à un descendant est la première source de transmission des connaissances sur les plantes médicinales. Cette divergence pourrait s’expliquer par les différences au niveau des échantillons d’études. La présente étude fait référence aux utilisateurs directes fréquentant les centres de santé, tandis que les études précédentes se sont focalisées sur les tradi-thérapeutes. Par ailleurs, les réseaux sociaux demeurent des outils d’information employés par plusieurs personnes. Cependant les informations transmises par ses canaux sont peu fiables. La complexité de la reconnaissance des plantes, même auprès des spécialistes en la matière à cause des ressemblances est un fait. Au-delà de la reconnaissance, les modes de préparation, d’administration, de dosage et de périodicité des prises des recettes ne peuvent être maîtrisés juste par éducation sur les réseaux sociaux. Plusieurs études ressortent l’importance de la prise en compte de ces paramètres dans la prise en charge des patients en médecine traditionnelle (Tchacondo et al., 2012; Franck et al., 2020). La non-prise en compte de ces précautions entraîne des risques.

Sept (7) principaux effets indésirables suite à l’utilisation des PM ont été rapportés au cours de la présente étude. Une étude menée auprès des populations Tem dans la région Centrale a recensé 20 effets indésirables. Cette différence s’explique par le fait que ces populations font plus recours à la médecine traditionnelle (Tittikpina et al., 2016; Agody-Acacha et al., 2017). Elle maîtrise au mieux également les effets indésirables. Tous les effets indésirables rapportés par la présente étude se retrouvent aussi parmi les plus rapportés chez les Tem (Tchacondo et al., 2011).

L’intoxication est le risque d’usage de la phytothérapie le plus rapporté (42,0 %). Une étude récente menée à Tiaret en Algérie a rapporté que 32 % des plantes médicinales peuvent se révéler toxiques (Bensemicha et Berkane, 2021). Il est donc important de mieux cadrer l’usage des PM afin de mieux garantir la santé des utilisateurs.

Bien que les néphrites et les atteintes hépatiques aient été évoquées, il n’y a pas eu de cas présentés lors de la présente étude. Cela est dû au fait que le site d’étude ne prend pas en charge les patients souffrant d’affections rénales et hépatiques.

Cette étude ne s’est pas appesantie sur les espèces impliquées dans les effets indésirables. La connaissance de ces espèces et l’analyse des causes contribueraient à l’amélioration des pratiques de la phytothérapie (Tchacondo et al., 2011). Il est également reconnu que l’action d’un produit est dépendante des moments de prise de ces derniers. La plupart du temps, la prise en compte de la chronotoxicologie est ignorée en médecine (Franck et al., 2020). Aussi, le moment de collecte des recettes médicamenteuses n’est souvent pas pris en compte par les utilisateurs. Le manque de précision sur ces paramètres complémentaires augmente les risques liés à l’utilisation des PM. Les prescriptions et le suivi des avis et recommandations des praticiens sont recommandés (Zeggwagh et al., 2013).

CONCLUSION

Cette étude a permis de jauger les connaissances d’usage des plantes médicinales par les patients admis dans les centres de santé de la ville de Lomé au Togo. Elle a permis également de recenser les risques encourus. Le terme «naturel» est l’un des éléments qui encouragent la population à faire usage des plantes médicinales. L’efficacité du phyto-traitement et le coût moins élevé sont les principaux facteurs motivants. L’utilisation des recettes à base de plantes médicinales n’est pas sans danger. Les usagers sont conscients du caractère parfois dangereux des recettes à base de plantes médicinales. Cependant, l’efficacité et le coût abordable sont en faveur de leur usage. Plusieurs effets indésirables plus ou moins graves ont été rapportés: la diarrhée, l’intoxication, la constipation, les vomissements, les néphrites et les atteintes hépatiques. Face à ces différents risques s’ajoutent la mauvaise reconnaissance des PM, les moments indiqués de récolte, le dosage et les périodes d’administration des recettes. Ceci est principalement lié au fait que les notions d’usage sont le plus souvent acquises à travers les réseaux sociaux. Il serait opportun de mettre en place un cadre réglementaire, des programmes de formation et des campagnes de sensibilisation pour permettre une utilisation sûre et efficace de la phytothérapie.

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Publié-e

30-01-2026

Comment citer

ADJANOGLO, K. A. M., ATAKPAMA, W., EGBELOU, H., KANDA, M., & BATAWILA, K. (2026). Usages et risques liés à l’utilisation des plantes médicinales au Togo. Revue Marocaine Des Sciences Agronomiques Et Vétérinaires, 14(1), 47–53. https://doi.org/10.5281/zenodo.18668904

Numéro

Rubrique

Ressources Naturelles et Foresterie